Fin de séance - Portrait d'un cinéma ambulant
Lorsque Violette Raineri se voit confier des cassettes audio, elle découvre sur ces bandes crépitantes, la voix de Suzanne Audroin. Elle y évoque son enfance au début du XXe siècle dans l’Impérial Bioscope, un cinéma ambulant, Violette Raineri voit resurgir ses propres souvenirs. Elle aussi a grandi auprès d’un Impérial Bioscope, recréé par son père dans les années 2000. Naît alors le désir de dessiner le portrait de ces deux cinémas, celui de Suzanne et le sien, deux enfances séparées d'un siècle maintenant reliées par le son.
Dans le cadre de l'émission L'Expérience sur France Culture à écouter sur l'application Radio France ou le site de France Culture
Tout est parti de trois petites cassettes audio. Sur ces enregistrements, on entend l’interview d’une femme âgée, Suzanne Audroin, enregistrée par le père de Violette Raineri, Yannick Letoqueux, en 1996. Suzanne était la fille d’Amédée Audroin, propriétaire d’un cinéma ambulant nommé l’Impérial Bioscope au début du XXe siècle. Elle avait grandi dans l’univers envoûtant des projections ambulantes, à une époque où le cinéma était une attraction rare, qui s’invitait dans les campagnes bretonnes, transporté par le train.
Dans les années 2000, Yannick Letoqueux se lance dans l’aventure de recréer un cinéma itinérant : l’Impérial Bioscope, mais cette fois sur les routes, avec trois semi-remorques, un chapiteau gonflable pour braver la pluie et le froid, et une façade qui rend hommage à l’original. Pour Violette, enfant, ce cinéma devient bien plus qu’un simple lieu de divertissement : c’est un membre à part entière de la famille. « Il y avait maman, papa, mon frère, l’Impérial Bioscope... et moi. » Dans la chaleur de la cabine de projection, bercée par le bruit des bobines qui défilent, elle s’installe dans les fauteuils rouges où elle découvre des films qu’elle n’est pas censée voir. Elle vit au rythme des déplacements de ce cinéma.
La découverte des cassettes de l’interview de Suzanne devient pour Violette une porte ouverte sur le passé. À travers la voix de Suzanne, elle reconnaît ses propres émotions : l’excitation des soirs de projection, la fierté de faire partie de cette histoire, et cette impression tenace d’avoir grandi « avec » un cinéma. Les souvenirs de Suzanne résonnent avec les siens. Violette part alors à la recherche des sons évoqués par Suzanne, notamment celui de l’orgue dont elle parle souvent, mais aussi à la recherche de « son » Impérial Bioscope, qu’elle n’a pas revu depuis sa vente aux enchères en 2005.
La disparition unie aussi Suzanne et Violette. Alors que Suzanne assiste à la mort de son père dans un accident tragique dont le pied a été sectionné par la courroie d'un moteur qui créait l' électricité
dun cinéma, Violette, suite à des soucis financier voit le cinéma de son enfance vendu à la bougie et disparaître de sa vie.
Cette Expérience témoigne, dans un tourbillon cinématographique, de deux époques, de deux enfances, pour mieux se poser la question de la place de ces objets inanimés qui semble pourtant vivre à travers nous.
Générique
• Avec : Suzanne Audrouin, Yannick et Josie Letoqueux, Edmée Dorléans et Regis Masclet • Prise de son : Clément Vuillet et Stephane Poitevin
• Mixage : Djaisan Taouss
• Réalisation : Nathalie Battus
Remerciements
Merci à l'Emeraude Cinéma de Dinard, à l'ENS Louis Lumière et au Musée Mécaniques de San Franscisco.


